« Surtout pas un Sans-abri dans mon hôtel »

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04 Jan

Voici l’avant-dernière partie de l’histoire de Guillaume, un sans-abri que j’ai rencontré à Limoges en France. A travers ce personnage, vrai, vous découvrirez avec moi les coulisses d’une société qui n’accepte plus les siens, simplement parce qu’ils sont pauvres. 

15heures 15 : alors  que je m’apprêtais à recevoir les clés de la chambre de Guillaume,  un monsieur  surgit des coulisses de la réception, se présentant comme le directeur de l’hôtel. Il avait tout entendu de son bureau situé juste derrière la réception. Il me salue et très vite m’indique que  ma réservation n’est ni remboursable ni échangeable. Surpris, mais déterminé, je rétorque que je ne demande pas d’être remboursé, mais que je demande d’être remplacé par Guillaume.

Je luis fait remarquer que c’est l’hôtel qui m’a encouragé à aller le chercher, que nous n’avions pas le droit  de susciter en lui des espoirs que nous allions ensuite décevoir. Point n’est besoin de porter atteinte à la dignité de Guillaume et à celle de ceux qui se retrouvent dans la rue par les circonstances de la vie. Une idée me vient de  faire remarquer au Directeur que je vais appeler la police.

Guillaume qui se tient debout derrière moi me siffle à l’oreille qu’il me soutiendrait si la police venait à intervenir. J’acquiesce.

Le directeur s’agite, la réceptionniste est tétanisée par l’attitude de son Manager qui regarde Guillaume avec mépris.

La tristesse m’envahit, et  je me sens plein de courage et je lui dis: ” Monsieur,  nous sommes vos clients. Nous avons notre chambre ici et nous la cédons simplement à Guillaume qui  est sans-abri”.

“J’en conviens, Monsieur “Siamana” – il a du mal à prononcer mon  nom-,  me rétorque le Directeur. Mais vous ne réalisez pas à quel point vous me mettez dans l’embarras, conclut-il.

Puis, il retourne dans son bureau et fait quelques appels téléphoniques.

15heures 26 : à son retour, d’un ton désabusé et cynique, le directeur me demande de l’écouter  attentivement car, dit-il : « j’ai un message à vous annoncer qui va vous  surprendre ». Et de me dire qu’exceptionnellement, il avait décidé d’annuler ma  réservation à Limoges, et que jai le droit de faire une réservation à Châteauroux.

Je lui lui réponds que “ce n’est pas une annulation de réservation que nous recherchons, nous voulons que Guillaume reste dans notre chambre pour le weekend, et c’est tout”.

Imperturbable, tout en  regardant Guillaume avec dédain, le directeur prend lui-même le soin d’appeler l’agence booking.com. Le coup de grâce tombe après quelques minutes. Il  dit a ses interlocuteurs devant nous et devant Guillaume, qu’il y a des règles à respecter, que son hôtel ne va pas  héberger un marginal.

15heures 55: le vase déborde. Je n’arrive pas à contenir ma déception. Prenant mon courage entre les  mains je lui dit que “même s’il est marginal, Guillaume  reste un homme comme toi, monsieur le directeur.  Il n’a pas demandé à le devenir. Si demain tu te retrouvais à sa place, je t’amènerais ici ou ailleurs  pour que tu sois au chaud”.

Puis, impassible et stoïque, Monsieur le directeur retourne dans son bureau, sans nous regarder dans les yeux et après avoir donné l’ordre de me rembourser jusqu’au dernier centime. Je n’avais pas besoin d’argent, j’avais besoin d’un peu d’amour et humanité pour Guillaume. (A suivre…)

Venuste Nshimiyimana

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