“La dignité existe, je l’ai vécue en la personne de Guillaume”

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06 Jan

Voici l’épilogue de l’histoire de Guillaume, un sans-abri que j’ai rencontré à Limoges en France. A travers ce personnage, vrai, vous découvrirez avec moi les coulisses d’une société qui n’accepte plus les siens, simplement parce qu’ils sont pauvres. En cette année 2018, vous lirez sur mon blog, des articles qui vous  inspirent, qui vous donnent un peu de joie, qui vous vivifient, bref qui donnent un sens à notre vie.

Je suis reparti en compagnie de Guillaume sans avoir ce que j’avais espéré. Il était triste, mais il est resté zen et égal à lui-même jusqu’au bout. Moi j’étais plongé dans l’incompréhension.  Que signifie enfin le mot « fraternité » qui est dans la devise de la France, terre des droits de l’homme ? La réponse est claire. Dans ce cas précis, rien.

Mais attention, ce directeur d’établissement n’est pas le prototype de tout un peuple. Beaucoup de bénévoles, beaucoup de femmes et d’hommes généreux ouvrent leur cœur et leurs maisons aux nécessiteux, surtout en ce temps hivernal.

L’amour existe, je l’ai trouvé ce vendredi en la personne de Guillaume. Rejeté par les siens, abandonné par la société qui le considère comme un marginal « que je ne saurais avoir dans mon hôtel », Guillaume, m’a tout simplement serré dans ses bras, et il m’a dit merci.

Je n’avais rien fait pour mériter cette chaleur qui ressortait d’un homme  condamné par les circonstances à vivre dehors,  dans un froid qui ronge son énergie et broie ses os.

J’étais un pèlerin dans un pays étranger, et Guillaume a redonné un sens  à ma vie. Le temps d’un après-midi. Il est d’un caractère qui force l’estime.

Je me suis excusé auprès de lui. Il m’a compris. Il m’a dit  qu’il comprenait la situation dans laquelle nous nous trouvions, regrettant en passant que l’hôtel puisse refuser de l’héberger parce qu’il est marginal.

Comme, nous avions échangé quelques euros avant de quitter l’Angleterre, j’ai  payé le taxi, qui attendait devant l’hôtel pour nous amener à la gare. Me retrouver à côté de Guillaume  dans  le taxi, m’a donné plus de bonheur et de joie, pour compenser la peine que le directeur de l’hôtel venait de nous infliger.

Puis j’ai donné un peu d’argent à Guillaume qui m’a promis qu’il allait acheter un bon repas chaud le soir et le lendemain.  Puis, nous nous sommes séparés. Heureux. La rencontre avec Guillaume m’a fait oublier tous mes déboires. Un instant de fraternité, d’être-avec-autrui dans le monde, comme le disait Martin Heidegger.

Pour moi, Guillaume, est le symbole de la société injuste qui est devenue la nôtre, une société qui n’accepte plus les siens et qui les laisse dehors, jusqu’à en mourir.

Guillaume est français. Il vit dans la rue. Sans domicile fixe.  On l’appelle SDF.  Lui et des millions d’autres passent la nuit dans des abris de fortune. Et ce soir, un hôtel de l’hexagone a refusé de l’accueillir. Tous les frais étaient pourtant payés.

Quelques jours plus tard, après mon retour à Londres, j’apprenais  qu’un autre SDF âgé de 66 ans était mort, victime des très froides températures.

Il a rendu l’âme au cœur même de la capitale de France. L’incident est survenu dans le 8e arrondissement de Paris, non loin des Champs Elysées, la plus belle avenue du monde et du Palais de l’Elysée, le centre du pouvoir en France.

Ainsi prend fin l’histoire de Guillaume, le sans-abri de Limoges que vous avez bien voulu lire tout au long de cette semaine sur www.nshimiyimana.com. Je vous en remercie.

Venuste Nshimiyimana

 

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